Métaphore et olfaction: une approche cognitive. Par Rémi Digonnet.

Métaphore et olfaction: une approche cognitive. Par Rémi Digonnet. Pour le meilleur et pour le pire, respirer nous expose perpétuellement à l’olfaction. Il est donc passionnant d’observer aussi bien l’absence relative de références à l’odorat dans les discours occidentaux, que l’expressivité des rares formes discursives qui cherchent à en rendre compte, souvent au moyen de la métaphore. Dans un ouvrage très structuré, Rémi Digonnet propose une approche linguistique des métaphores olfactives, soit les métaphores qui font spécifiquement référence à l’olfaction. Celles-ci se distinguent des métaphores odorantes, qui sont d’ordre sémiotique et qui font intervenir une analogie entre odeur et expérience particulière. L’olfaction est intéressante pour étudier les métaphores, car le ‘double positionnement métaphorique de l’odeur [dévoile] une métaphore doublement perceptive: perceptive pour l’odeur et perceptive à partir de l’odeur’ (p. 344). Digonnet s’appuie avec aisance sur un corpus bilingue anglais–français, aussi bien pour la théorie que pour les exemples de métaphores, dont certaines viennent d’un corpus littéraire. Ce dernier se compose principalement de Smell de Radhika Jha (2001), La Gloire des Pythre de Richard Millet (1995) et Das Parfum de Patrick Süskind en traduction (1985), soit trois romans contemporains qui ‘construisent leur intrigue autour de la composante olfactive, cas plutôt rare en littérature’ (p. 15). L’ouvrage commence par rendre compte, d’une part, de l’évolution historique des discours sur les odeurs (en particulier en philosophie) et, d’autre part, de la diversité des théories sur la métaphore. Digonnet considère ensuite le paramètre physiologique de l’odorat, puis propose des analyses lexicales, sémantiques, syntaxiques et rhétoriques de son sujet. Avec humour, il déclare que ‘[l]e linguistique subit les affres d’une tragédie olfactive. Pauvreté lexicale, sémantique perméable, combinatoire syntaxique réduite ou métaphorisation outrancière sont autant d’indices qui participent d’un refoulement olfactif généralisé’ (p. 343). Après un état des lieux systématique, l’auteur a recours aux théories cognitives de George Lakoff et Mark Johnson, et de Gilles Fauconnier et Mark Turner. Les uns ont développé la théorie de la métaphore conceptuelle (‘conceptual metaphor theory’) en 1980 (Metaphors We Live By (Chicago: University of Chicago Press, 1980)), et les autres celle de l’intégration conceptuelle (‘blending theory’) en 1994 (voir The Way We Think: Conceptual Blending and the Mind’s Hidden Complexities (New York: Basic Books, 2002)). Au moyen de ces théories cognitives, l’objectif est de définir la métaphore non seulement comme figure, mais aussi comme processus cognitif. Digonnet explique que la ‘reconnaissance d’une odeur comme la construction d’une métaphore touchent au domaine cognitif. Dans les deux cas, un processus mental est associé, soit pour activer une compréhension, soit pour activer une formulation’ (p. 13). Cette dimension de l’ouvrage est particulièrement intéressante, car la métaphore est progressivement libérée de lectures rigides, aveugles à la dynamique des processus cognitifs qui sont engagés dans la construction et la compréhension des métaphores. Digonnet montre comment une approche cognitive des métaphores, et en particulier la théorie de l’intégration conceptuelle, est apte à faire ‘“émerger” de nouvelles inférences restées dans l’ombre jusque-là’ (p. 319). Une telle approche, qui met en évidence l’expérience corporelle et culturelle de l’olfaction, ainsi que les processus cognitifs nécessaires au traitement des métaphores est très appréciable, même si la bibliographie critique concernant le langage et la cognition présente certaines lacunes. © The Author 2017. Published by Oxford University Press on behalf of the Society for French Studies. All rights reserved. For Permissions, please email: journals.permissions@oup.com http://www.deepdyve.com/assets/images/DeepDyve-Logo-lg.png French Studies Oxford University Press

Métaphore et olfaction: une approche cognitive. Par Rémi Digonnet.

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Oxford University Press
Copyright
© The Author 2017. Published by Oxford University Press on behalf of the Society for French Studies. All rights reserved. For Permissions, please email: journals.permissions@oup.com
ISSN
0016-1128
eISSN
1468-2931
D.O.I.
10.1093/fs/knx228
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Abstract

Pour le meilleur et pour le pire, respirer nous expose perpétuellement à l’olfaction. Il est donc passionnant d’observer aussi bien l’absence relative de références à l’odorat dans les discours occidentaux, que l’expressivité des rares formes discursives qui cherchent à en rendre compte, souvent au moyen de la métaphore. Dans un ouvrage très structuré, Rémi Digonnet propose une approche linguistique des métaphores olfactives, soit les métaphores qui font spécifiquement référence à l’olfaction. Celles-ci se distinguent des métaphores odorantes, qui sont d’ordre sémiotique et qui font intervenir une analogie entre odeur et expérience particulière. L’olfaction est intéressante pour étudier les métaphores, car le ‘double positionnement métaphorique de l’odeur [dévoile] une métaphore doublement perceptive: perceptive pour l’odeur et perceptive à partir de l’odeur’ (p. 344). Digonnet s’appuie avec aisance sur un corpus bilingue anglais–français, aussi bien pour la théorie que pour les exemples de métaphores, dont certaines viennent d’un corpus littéraire. Ce dernier se compose principalement de Smell de Radhika Jha (2001), La Gloire des Pythre de Richard Millet (1995) et Das Parfum de Patrick Süskind en traduction (1985), soit trois romans contemporains qui ‘construisent leur intrigue autour de la composante olfactive, cas plutôt rare en littérature’ (p. 15). L’ouvrage commence par rendre compte, d’une part, de l’évolution historique des discours sur les odeurs (en particulier en philosophie) et, d’autre part, de la diversité des théories sur la métaphore. Digonnet considère ensuite le paramètre physiologique de l’odorat, puis propose des analyses lexicales, sémantiques, syntaxiques et rhétoriques de son sujet. Avec humour, il déclare que ‘[l]e linguistique subit les affres d’une tragédie olfactive. Pauvreté lexicale, sémantique perméable, combinatoire syntaxique réduite ou métaphorisation outrancière sont autant d’indices qui participent d’un refoulement olfactif généralisé’ (p. 343). Après un état des lieux systématique, l’auteur a recours aux théories cognitives de George Lakoff et Mark Johnson, et de Gilles Fauconnier et Mark Turner. Les uns ont développé la théorie de la métaphore conceptuelle (‘conceptual metaphor theory’) en 1980 (Metaphors We Live By (Chicago: University of Chicago Press, 1980)), et les autres celle de l’intégration conceptuelle (‘blending theory’) en 1994 (voir The Way We Think: Conceptual Blending and the Mind’s Hidden Complexities (New York: Basic Books, 2002)). Au moyen de ces théories cognitives, l’objectif est de définir la métaphore non seulement comme figure, mais aussi comme processus cognitif. Digonnet explique que la ‘reconnaissance d’une odeur comme la construction d’une métaphore touchent au domaine cognitif. Dans les deux cas, un processus mental est associé, soit pour activer une compréhension, soit pour activer une formulation’ (p. 13). Cette dimension de l’ouvrage est particulièrement intéressante, car la métaphore est progressivement libérée de lectures rigides, aveugles à la dynamique des processus cognitifs qui sont engagés dans la construction et la compréhension des métaphores. Digonnet montre comment une approche cognitive des métaphores, et en particulier la théorie de l’intégration conceptuelle, est apte à faire ‘“émerger” de nouvelles inférences restées dans l’ombre jusque-là’ (p. 319). Une telle approche, qui met en évidence l’expérience corporelle et culturelle de l’olfaction, ainsi que les processus cognitifs nécessaires au traitement des métaphores est très appréciable, même si la bibliographie critique concernant le langage et la cognition présente certaines lacunes. © The Author 2017. Published by Oxford University Press on behalf of the Society for French Studies. All rights reserved. For Permissions, please email: journals.permissions@oup.com

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French StudiesOxford University Press

Published: Jan 1, 2018

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